Some Fog: Des arbres et des fleurs

Par George Elkind, traduit par David-Marc Newman

George Elkind est un jeune écrivain et artiste qui vit présentement à Montréal. Il écrit sur la bédé sur son blogue, Some Fog. ***  George Elkind is a young writer and artist currently residing in Montreal. He writes  about comics on Some Fog.

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BodyWorld, de Dash Shaw. Initialement publié en ligne de 2007 à 2009. Actuellement en cours de republication par Study Group Comics depuis janvier 2014.

En relisant Bodyworld de Dash Shaw pour la première fois depuis des années, ce sont les arrière-plans qui m’ont le plus frappé. Colorés d’une palette énergiquement créative et toujours en flux ; et souvent composés de peu de formes et de marques assurées, ils semblent être une vive réflexion de l’intérêt que porte l’histoire pour les concepts de l’hallucination, de la télépathie et de la subjectivité. Il est donc normal qu’ils miroitent et vacillent d’une manière qui semble improvisée, voire éclatante, et souvent irrégulière.

Bodyworld est rarement conventionnel, mais avance toujours de pied ferme. Il fait preuve d’un grand sens de l’intégrité et de l’équilibre, surtout puisque l’espace dans lequel les fioritures de Shaw se trouvent est prémédité, et selon toute apparence, en grande partie tracé d’avance. Il est clair qu’une réflexion approfondie a inspiré la publication initiale de cette histoire sur Internet – presque toutes les cases sont composées d’éléments verticaux, qui pointent vers le centre de la séquence et qui lui servent de noyau, un mouvement qui suit la lecture de la bédé dans un défilement vertical.  Cela rend la forêt comme lieu récurrent plutôt approprié, les formes verticales du feuillage et des personnages servent de colonne vertébrale à la trame narrative – et en s’éloignant de cette base, l’artiste se trouve à l’aise d’improviser assez librement.

Toutefois, l’utilisation d’éléments verticaux n’est pas une contrainte des plus rigides. Lorsque Shaw doit appliquer les freins, des tiers ou des séquences entières passent à l’horizontale, propulsant vers l’avant ce qui faisait partie de l’arrière-plan afin de permettre les points clefs de l’histoire d’être assimilés en douce.  La conception des personnages suit une logique semblable ; puisque l’espace blanc de chaque case attirera probablement votre regard vers les éléments les plus importants, il n’est pas surprenant que les personnages principaux ne soient pas colorés de tons de peau (alors que les figurants sont souvent dessinés ou peints en couleur). Cela a comme résultat d’attirer l’attention vers les espaces blancs – ceux des paroles et des formes des personnages – d’une manière qui semble tirée du monde de l’animation, et ces deux éléments travaillent ensemble au sein de la structure quadrillée, guidant les yeux au long de l’histoire pour que la lecture puisse se faire censément sans effort, comme dans les prochaines cases, où les espaces blancs guident les yeux à travers une série de fluctuations.

La bédé est tenue, tout de même, au continuum établi par sa propre esthétique. La conception des personnages est nécessairement minimaliste ; leurs traits et leurs couleurs, au service de la clarté, sont souvent assez plats. Ils ne peuvent pas être attirants d’une façon parfaitement traduisible, mais Shaw gère soucieusement leurs gestes et leur posture pour qu’ils soient déchiffrables, qu’ils prennent vie dans une manière qui nous est facilement compréhensible. Cet éloignement de formes évidentes de joliesse n’est sûrement pas ce que feraient beaucoup d’artistes – mais elle donne à la bédé un sentiment plus profond sous la surface, amalgamant les éléments esthétiques de la bédé avec son vaste intérêt thématique pour l’empathie.

Je donne l’impression que la conception de cette histoire s’est fait d’une manière beaucoup moins organique qu’elle a dû l’être. Mais je suis également convaincu que la plupart des éléments ne fonctionneraient pas aussi bien si Dash n’avait pas eu une vision aussi autoritaire de son propre procédé, ou s’il n’était pas aussi obsédé par ce qu’il tente de faire. Il y a bon nombre d’artistes qui produiront de tels éclats – réduits à une astuce – avant de reculer. Mais les éléments de cette histoire, dont plusieurs pourraient être caractérisé d’accidentés et de agités s’ils ne formaient pas un ensemble aussi réfléchi, réussissent plutôt à se renforcer en s’associant les uns avec les autres. Cela donne une certaine harmonie à la bédé qui se tient étonnamment bien, qui se tient encore merveilleusement et que beaucoup d’artistes n’arrivent toujours pas à atteindre, même après autant de temps.

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